RAPPORT DE LA MISSION EFFECTUEE DANS LA Z.S DE LEMERA, DANS LES A.S DE LUBARIKA ET LUVUNGI EN DATE DU 05 AU 07/10/2014 AU SUD-KIVU EN RDC

Dans le cadre d’une évaluation rapide multisectorielle pour s’informer des besoins humanitaires, LIGHT ASBL (Œuvre pour un monde meilleur), en collaboration avec les ONGs ASED, PIN, AFPDE et TPO, a effectué une mission humanitaire à Lemera, dans la zone de santé de Lemera (Territoire d’Uvira), afin de s’acquérir de la situation réelle sur le terrain.

L’équipe de mission a procédé à des entretiens semi‑directifs avec des chefs de ménages, des leaders communautaires, des agents de santé et des enseignants dans les aires de santé (A.S) de Lubariika et Luvungi, situées dans le groupement d’Itara. Les discussions portaient sur la situation des personnes affectées par la crise, notamment leur accès à la nourriture, à un abri, aux articles ménagers, à l’eau, à la santé, à l’éducation et à la protection.

Les entretiens duraient en moyenne entre 25 et 30 minutes. L’équipe a assuré à chaque informateur l’anonymat et la confidentialité de toutes les informations fournies, tout en le laissant libre de ne pas répondre à une question ou de mettre fin à l’entretien à tout moment, sans aucune conséquence. Il a été précisé que la mission ne constituait pas un engagement à fournir une réponse humanitaire immédiate, mais avait pour but exclusif de mieux comprendre les conditions de vie et les besoins des habitants de la localité.

1. OBJECTIF DE LA MISSION

Cette mission avait pour objectif principal d’évaluer les problèmes et besoins de la population affectée par la crise du 30/10/2014 dans le groupement d’Itara, plus particulièrement dans les villages de Lubariika et Luvungi.

Plus précisément, l’évaluation visait à :

  • Cartographier les conséquences de la crise sur les ménages vulnérables (déplacés internes, orphelins, femmes seules, personnes âgées).

  • Identifier les besoins prioritaires dans les secteurs suivants : sécurité alimentaire, abri et articles ménagers, accès à l’eau potable, santé, éducation et protection des personnes.

  • Recommander des interventions d’urgence et des actions de renforcement de la résilience communautaire à court et moyen terme.

2. CADRE DE LA MISSION

La mission s’est déroulée dans la zone de santé de Lemera, au sud du lac Tanganyika, dans la plaine de la Ruzizi, une zone périodiquement touchée par des troubles sécuritaires et des déplacements de population. Les villages de Lubariika et Luvungi se situent dans une zone rurale avec une forte dépendance à l’agriculture et à l’élevage, rendant la population particulièrement vulnérable aux chocs sécuritaires et climatiques.

L’évaluation a été conçue comme une évaluation rapide multisectorielle (ERM), basée sur des entretiens semi‑structurés, des observations directes et des échanges avec les autorités locales (chefferie, comité de santé, enseignants, agents communautaires).

3. MÉTHODOLOGIE

Pour atteindre les objectifs visés, la mission a adopté la méthodologie suivante :

  • Critères de sélection des informateurs :

    • Ménages ayant subi des violences ou des pertes dans le cadre de la crise du 30/10/2014.

    • Ménages ayant perdu leurs habitations ou leurs champs.

    • Enfants, femmes et personnes âgées vivant dans des conditions de grande vulnérabilité.

  • Outils utilisés :

    • Questionnaire d’entretien semi‑directif couvrant les domaines : sécurité alimentaire, abri, NFIs (articles ménagers), eau et assainissement, santé, éducation, protection et gouvernance locale.

    • Grille d’observation pour les infrastructures (école, centre de santé, source d’eau, latrines).

  • Procédure :

    • Session de présentation avec les chefs de villages et les comités de santé pour expliquer l’objectif de la mission et obtenir l’accès aux communautés.

    • Visite de 5 à 8 ménages par village, avec un mix de situations (ménages déplacés, résilients, très vulnérables).

    • Recueil des données qualitatives et quantitatives, avec anonymisation des données à l’entrée.

4. CONTEXTE HUMANITAIRE ET SÉCURITAIRE

Les communautés de Lubariika et Luvungi ont été directement touchées par les affrontements armés et les déplacements liés à la crise du 30/10/2014. Plusieurs ménages ont témoigné de pertes de biens, d’incendies de cases, de vols de bétail et de fuites vers les villages voisins ou vers les collines.

La situation sécuritaire reste tendue, avec une présence armée sporadique et une méfiance persistante entre les communautés, ce qui freine les activités agricoles et le retour des personnes déplacées. Les populations déplacées internes vivent souvent dans des conditions précaires, partageant les maisons de parents ou de voisins, ou dormant à l’air libre dans des abris improvisés.

5. PRINCIPAUX RÉSULTATS DE L’ÉVALUATION

5.1. Sécurité alimentaire et nutrition

  • Plus de 70% des ménages visités ont signalé une perte de récoltes ou de stock de semences à la suite de la crise, entraînant une réduction de la sécurité alimentaire à court terme.

  • Certains ménages déplacés ne disposent plus que de 1 à 2 repas par jour, principalement à base de maïs et de manioc, avec peu de diversité alimentaire.

  • Les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes/allaiteuses sont identifiés comme les plus vulnérables sur le plan nutritionnel.

5.2. Abri et articles ménagers

  • Environ 30 à 40% des ménages ont déclaré avoir perdu ou vu endommager leur habitation (toit, murs, mobiliers).

  • Les ménages qui ont été déplacés manquent souvent de nattes, moustiquaires, ustensiles de cuisine et vêtements.

  • Les abris de fortune (cases de fortune, hangars, écoles) sont surchargés, ce qui augmente le risque de conflits communautaires et de problèmes de santé.

5.3. Accès à l’eau, assainissement et hygiène

  • L’accès à l’eau potable reste partiellement garanti grâce aux sources naturelles et quelques forages/eau chlorée, mais les distances sont longues pour certains villages éloignés.

  • Les ménages déplacés utilisent souvent des points d’eau informels situés loin des habitations, avec un risque accru de contamination et de maladies diarrhéiques.

  • Les latrines existent dans quelques ménages, mais sont insuffisantes dans les zones d’accueil des déplacés, accentuant les risques sanitaires.

5.4. Santé

  • Les centres de santé de LemeraLubariika et Luvungi sont fonctionnels mais surchargés par l’afflux des déplacés et le manque de médicaments essentiels.

  • Les principales pathologies signalées sont : malaria, diarrhées, infections respiratoires, malnutrition aiguë et traumatismes liés aux incidents de sécurité.

  • L’accès aux soins de santé de base est limité pour les plus pauvres, faute de moyens financiers pour payer les frais de consultation ou les médicaments.

5.5. Éducation

  • Certains enfants ont été temporairement retirés de l’école pour suivre leurs parents vers les refuges ou les villages voisins.

  • Les écoles de Lubariika et Luvungi ont enregistré une baisse d’inscription liée à la crise, ainsi qu’une surcharge des classes existantes.

  • Les matériels didactiques, les bancs et les manuels sont insuffisants pour absorber les élèves supplémentaires, ce qui nuit à la qualité de l’enseignement.

5.6. Protection

  • Les femmes et les enfants sont particulièrement exposés aux risques de violence sexuelle et de stigmatisation lors des déplacements et dans les zones d’accueil.

  • Les comités de protection communautaire notent un besoin urgent de campagnes de sensibilisation sur les violences basées sur le genre, la protection des enfants et les mécanismes de signalement.

  • Les personnes âgées et les personnes vivant avec un handicap sont souvent abandonnées ou laissées sans aide, ce qui nécessite une attention spécifique.

6. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

La mission a permis de confirmer que la population de Lubariika et Luvungi, dans le groupement d’Itara, souffre d’un impact humanitaire direct et indirect de la crise du 30/10/2014, avec une baisse de la sécurité alimentaire, une détérioration des conditions d’abri, des difficultés croissantes d’accès à l’eau potable, à la santé et à l’éducation, ainsi que des risques accrus en matière de protection.

Les principales recommandations adressées aux partenaires (dont LIGHT ASBL, ASED, PIN, AFPDE, TPO) et aux structures locales sont les suivantes :

  • Securité alimentaire et nutrition :

    • Distribuer une assistance alimentaire d’urgence (céréales, huile, légumineuses) aux ménages les plus vulnérables.

    • Mettre en place des activités de soutien agricole (semences, outils, formation) pour préparer la prochaine campagne.

  • Abri et articles ménagers :

    • Fournir des kits d’abri (toiles, bâches) et des kits de non‑food items (ustensiles, nattes, moustiquaires) aux ménages ayant perdu leurs biens.

  • Eau, assainissement et hygiène (EHA) :

    • Renforcer les points d’eau (forages, points d’eau potable chlorée) et construire des latrines supplémentaires dans les zones d’accueil.

    • Organiser des campagnes de promotion de l’hygiène (lavages des mains, traitement de l’eau, utilisation des latrines).

  • Santé :

    • Appuyer les centres de santé avec des médicaments essentiels, du matériel de prise en charge de la malnutrition et des équipements de base.

    • Renforcer les campagnes de sensibilisation sur la prévention du paludisme, des maladies diarrhéiques et de la malnutrition.

  • Éducation :

    • Soutenir les écoles avec des matériels didactiques, des bancs et des modules de leçons multilingues pour absorber les élèves en situation de déplacement.

    • Encourager le retour des enfants déplacés en école et mettre en place des activités parascolaires de soutien psychosocial.

  • Protection :

    • Mettre en place ou renforcer les comités de protection communautaire, avec des mécanismes de signalement des cas de violence et de soutien aux victimes.

    • Organiser des séances de sensibilisation sur les droits de l’homme, la protection des femmes et des enfants, et la prévention des violences sexuelles.